BELLE DU SEIGNEUR : Albert COHEN

BELLE DU SEIGNEUR : Albert COHEN

 

A tous ceux qui pensent que Belle du Seigneur est un roman d’amour, il faut leur dire qu’il n’en est rien.

Son auteur, Albert Cohen, préférait le définir comme un « livre de l’amour ». La nuance est de taille.

Car ce récit , paru en 1968, a été écrit pour dire l’enfer du couple. Pour montrer l’échec de deux personnes qui ont voulu s’aimer comme dans un rêve, et qui n’y sont pas parvenus.

Un roman, que dis-je ? Un pavé qui ne se lit pas mais se déguste !

Les très beaux Ariane et Solal en sont les personnages principaux. Nous assistons à la naissance de leur passion, à son éclosion merveilleuse, et à sa chute. Ils se rencontrent lors d’un dîner, par l’intermédiaire d’Adrien Deume, le mari ambitieux et ridicule d’Ariane. Il travaille à la Société des Nations, à Genève, une entreprise dirigée par Solal, justement. Adrien, tellement obsédé par l’idée de gravir les échelons professionnels, ne verra rien du manège dont il sera la première victime : sa femme le quittera pour vivre avec Solal.

Ariane devant son seigneur, son maître, son aimé Solal, (féministes s’abstenir si vous ne voulez pas vous énerver mais le récit même s’il peut nous contrarier en tant que femme libérées en vaut la peine !!! )

Une fuite désespérée et morbide dans laquelle les deux amants découvriront le malheur d’aimer.

« Solennels parmi les couples sans amour, ils dansaient, d’eux seuls préoccupés, goûtaient l’un à l’autre, soigneux, profonds, perdus. Béate d’être tenue et guidée, elle ignorait le monde, écoutait le bonheur dans ses veines, parfois s’admirant dans les hautes glaces des murs, élégante, émouvante, exceptionnelle, femme aimée, parfois reculant la tête pour mieux le voir qui lui murmurait des merveilles point toujours comprises, car elle le regardait trop, mais toujours de toute son âme approuvées, qui lui murmurait qu’ils étaient amoureux, et elle avait alors un impalpable rire tremblé, voilà, oui, c’était cela, amoureux, et il lui murmurait qu’il se mourait de baiser et bénir les longs cils recourbés, mais non pas ici, plus tard, lorsqu’ils seraient seuls, et alors elle murmurait qu’ils avaient toute la vie, et soudain elle avait peur de lui avoir déplu, trop sûre d’elle, mais non, ô bonheur, il lui souriait et contre lui la gardait et murmurait que tous les soirs ils se verraient. »

Si vous aimez vous blottir sous la couette les jours de pluie pour vous évader, rêver, pleurer ce livre est fait pour vous !

Ce roman est pour moi, le chef-d’œuvre de la littérature amoureuse de notre époque.

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3 Commentaires

  1. 27 mai 2013 / 20 h 12 min

    On peut être féministe et adorer Ariane, qui est moins une femme soumise qu’une femme passionnée…Elle éprouve le besoin d’idolâtrer Solal non parce qu’il est un homme, mais parce qu’il est son homme, et surtout, parce qu’elle a besoin d’idolâtrer pour se sentir aimer. Et Cohen fustige assez tous les rapports de force pour que les féministes de tous bords y trouvent leur compte.

  2. Mathilde
    27 décembre 2012 / 14 h 52 min

    Je connais ce roman , je l’ai beaucoup aimé !
    merci de nous faire partager ces lectures si intéressantes !
    bises

  3. 27 décembre 2012 / 9 h 12 min

    Ce livre me semble magnifique, mais je vais peut-être attendre un peu, pas envie de pleurer en ce moment…ceci dit, je le garde en mémoire, l’extrait que tu nous offres est magnifique, j’aime cette écriture…et j’aime cet abandon de soi dans les bras de l’autre, être seul au monde d’amour…

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